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Article de Régine Jordan, journal Sud-Ouest du lundi 26 juin 2006

« On a peur que la maison s’effondre »

 
Le département de la Dordogne figure parmi les plus sinistrés du Sud-Ouest. On y dénombre plus de 4 000 maisons fissurées. Depuis 2003, l’état de catastrophe naturelle a été reconnu dans 90 communes, alors que 270, principalement situées dans le nord du département, ont vu leur demande rejetée. Cette situation révolte les 500 adhérents de l’association de défense des sinistrés (ASSPB) qui, depuis trois ans, n’a de cesse de faire valoir « l’inéquité » des critères appliqués.

Les responsables de l’association ont fourni un travail de titan pour aligner des arguments scientifiques et techniques qui contestent les conclusions de l’administration. Ces citoyens ordinaires mère de famille au foyer, retraités ou employés , que rien n’avait préparés à mener pareille bataille, sont devenus des spécialistes en géologie et en climatologie. Les réserves hydriques n’ont plus de secrets pour eux. Toutes ces personnes animées d’un courage exemplaire restent convaincues qu’elles seront rétablies un jour dans leur droit.

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Marie-Josée Dugauguez. Depuis 2003, la présidente de l’association de défense des sinistrés dénonce l’inertie des pouvoirs publics
Photo Thierry David

Sentiment d’injustice. Leurs maisons sont simples. Elles datent des années 60-70. Dans les salons, les fissures courent le long des plafonds, au-dessus des poupées de collection ou des soupières en porcelaine. Dans les chambres, les portes ne ferment plus. Toutes les nuits, les craquements réveillent les plus âgés. « Il y a la peur que la maison s’effondre. Il y a l’angoisse de ne pas pouvoir payer les réparations nécessaires. Il y a ce sentiment d’injustice si fort qu’il mine la santé de plusieurs d’entre nous », confie Marie-Josée Dugauguez, présidente de l’association de défense.

Les adhérents appellent tous les jours à son domicile ou chez les autres membres du bureau. Beaucoup perdent espoir. « Depuis 2003, l’état des maisons s’aggrave et il ne se passe rien. C’est désespérant. Pour beaucoup, l’association est le seul soutien », poursuit cette habitante de Razac-sur-l’Isle. « Comment voulez-vous faire quand vous savez qu’il faudrait 22 micropieux pour sauver votre maison, que ça coûte 37 000 euros et que vous ne pouvez pas faire d’emprunt ? », interroge-t-elle. « Il n’y a pas de mystère, ça vous mine. »
Emilienne et François Fargeot vivent depuis trente-sept ans aux portes de Périgueux. Leur maison domine un paysage magnifique sur les hauteurs de Champcevinel. Les deux retraités ont vraiment pris la mesure du mal qui ronge la construction le jour où les fenêtres n’ont plus fermé. « Il fallait prendre un tournevis chaque fois qu’on voulait ouvrir ou fermer », se souvient Emilienne. « Il n’était plus possible d’attendre. On a changé les fenêtres, ça nous a couté 3 500 euros. Nous, on pouvait le faire, mais beaucoup de personnes ne peuvent pas sortir un somme pareille. »

Anxiété et stress. L’association est née en 2004, après que toutes les demandes des communes de Dordogne eurent été rejetées. Depuis, des adhérents ont eu la satisfaction de voir leurs communes classées en catastrophe naturelle. Mais ils restent toujours présents aux côtés des autres, par solidarité. Et ils témoignent de la « mauvaise volonté » affichée par les compagnies d’assurances qui tardent à prendre des décisions pourtant attendues par tous avec anxiété. « C’est éprouvant. Sept mois après la publication de l’arrêté, nous ne savons toujours pas si notre maison sera détruite ou pas », déplore Marie-Claude Charlemagne, une habitante d’Agonac.
Malgré l’anxiété et le stress omniprésents, les sinistrés de la sécheresse 2003 ne se découragent pas. Ils frappent à toutes les portes. Au ministère de l’Intérieur, à la préfecture, dans les mairies... « Nous ne lâcherons pas, prévient Marie-Josée Dugauguez. Pour nous, il ne peut y avoir d’autres solutions qu’un arrêté de reconnaissance de catastrophe naturelle. »
R. J.



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